Voici un article (éditorial) publié dans le Devoir le 12 janvier dernier et qui prend un sens particulier cette semaine avec la visite de M. Obama à Ottawa:
La folie afghane d'Obama
Joh n R. MacAr thur
Édition du lundi 12 janvier 2009
Cela peut paraître bizarre, mais lorsque j'ai appris que les États -Unis allaient doubler leurs
troupes en Afghanistan, mes sympathies sont allées à Paris, au Québec et aux familles de
soldats francophones, plutôt qu'à celles de mon propre pays. Au fond, je plains ces pauvres
gens qui n'ont sûrement pas choisi de voir périr leurs proches sur le sol meurtrier de
Kandahar et de Kaboul dans cette dernière folie américaine.
Les États -Unis, par contre, ont nettement fait un choix avec l'élection de Barack Obama.
Celui-ci n'a jamais caché son intention d'agrandir le théâtre de guerre dans un pays
musulman historiquement hostile à toute intervention occidentale, bien qu'il ait surtout
proclamé dans sa campagne le «changement » de la politique étrangère belliqueuse des
États-Unis. Une large part de son soutien venait, rappelons-le, du camp antiguerre,
toujours furieux de l'appui accordé par Hillary Clinton à l'invasion de l'Irak.
Il fallait chercher pour percevoir une vraie différence de vue sur les grandes questions
d'engagement militaire outre-mer dans le débat entre Obama et John McCain. Le seul
contraste portait sur le lieu et non sur l'envergure de ces engagements. McCain voulait
mener une impitoyable «guerre contre le terrorisme» dans les ruelles urbaines de Fallouja
et de Mossoul, tandis qu'Obama préférait, apparemment, que l'affrontement ait lieu dans
des régions plus rurales et montagneuses.
Pour atteindre le niveau prévu de 60 000 soldats américains en Afghanistan d'ici à l'été
prochain, il faudra y transférer des milliers de soldats présentement postés en Irak. Quelle
terrible ironie! D'une occupation à une autre, les États-Unis n'ont pas encore appris que
toute forme d'intervention militaire dans des guerres civiles tend à aggraver la situation
plutôt qu'à l'améliorer.
Les talibans n'accepteront jamais la théologie wilsonienne (dont les deux piliers sont
autodétermination et démocratie), et la chasse à al-Qaïda en Afghanistan dans les tribus
en conflit (chacune farouchement indépendante) sera totalement inutile. Peu importe! Le
choix de Hillary Clinton comme secrétaire d'État -- ainsi que celui de James Jones comme
conseiller à la Sécurité nationale et la rétention de William Gates au Pentagone -- implique
la continuité avec la politique bushienne au lieu de la rupture. Ayant souvent prôné la
négociation au lieu de la confrontation violente au long de sa lutte contre Hillary --
justement pour se présenter comme candidat plus réfléchi que sa rivale --, voilà qu'Obama
a retourné sa veste et s'est adressé à des penseurs ultraconventionnels, voire d'une
agressivité orthodoxe et d'une croyance presque naïve en l'efficacité de l'armée et de la
marine américaine. Avec Hillary à la tête de la diplomatie, on dirait qu'Obama se moque
carrément de la gauche antiguerre. Comme l'a si bien dit Max Boot, néoconservateur
redoutable, le choix de Clinton, Jones et Gates «aurait facilement pu venir d'un président
McCain».
Si la décision d'intervenir en Afghanistan se confirme à Washington, que feront Ottawa et
Paris? En principe, rien n'oblige les gouvernements canadiens et français à adhérer aux
idées reçues de la nouvelle administration américaine sur sa chère doctrine «anti-insurgés»
discréditée notamment en Algérie, en Malaisie, au Vietnam et, bien sûr, en Afghanistan
lors des occupations ratées de la Grande-Bretagne au XIXe siècle et de l'Union soviétique
au XXe.
Je connais bien l'engagement traditionnel -- et admirable -- du Canada pour le maintien de
la paix sous les auspices de l'ONU. Seulement, il faudrait être aveugle pour se convaincre
que la mission «humanitaire» menée par l'OTAN au nom du Conseil de sécurité est
sincèrement destinée à quoi que ce soit d'autre qu'à une guerre offensive contre les
talibans et leur ancien hôte, Oussama ben Laden, aujourd'hui probablement caché dans les
régions sauvages du Pakistan, ou peut -être même flânant en costume sur les grands
boulevards de Paris.
En attendant, on peut être certain que les 2500 soldats de l'armée canadienne
actuellement à Kandahar ne sont pas vus comme des «peacekeepers» par les nombreuses
victimes civiles de bombardements américains et britanniques, aujourd'hui estimés à plus
de 6000 morts depuis l'invasion américaine en 2001. La complaisance officielle de l'ONU
pour les opérations «antiterroristes » de l'OTAN soulagera peut -être la conscience du
peuple canadien, mais cela n'excuse pas la perte d'un enfant ou d'une mère de famille, les
corps déchirés par des bombes à fragmentation.
Pour la France, la situation est plus complexe. Il y a chez le président Sarkozy un désir,
parfois vaniteux, de se présenter sur la scène internationale comme un allié égal aux
États-Unis. En outre, le président français a tendance à trop s'excuser devant Washington
pour la conduite du Quai d'Orsay et de son rival, Dominique de Villepin, alors que Villepin
n'avait rien à se reprocher. Au contraire, Villepin et son patron, Jacques Chirac, ont
restauré une bonne partie de la dignité française (abîmée par la collaboration durant la
Seconde Guerre mondiale) lorsqu'ils se sont opposés à l'attaque désastreuse et cruelle de
l'Amérique contre Saddam Hussein. Les 4,7 millions de réfugiés irakiens, ainsi que les 90
000 civils morts, témoignent de la sagesse de l'ancien gouvernement français.
Vers le début du printemps, au moment où le président Obama et son secrétaire d'État
feront la demande officielle aux membres de l'OTAN de renforcer leurs troupes en
Afghanistan, ne serait-ce pas le bon moment de dire non? Eh bien, oui. S'ils le pouvaient,
les 14 000 soldats de l'Armée rouge qui sont morts dans la guerre contre les talibans, ainsi
que les centaines de milliers d'Afghans tués dans le feu croisé, y ajouteraient leur voix.
jeudi 19 février 2009
jeudi 12 février 2009
Table ronde sur le conflit à gaza
Le RID et le comité de solidarité internationale de Drummondville organisent une table ronde sur la crise à gaza. Invités : Gilbert Corniglion, travailleur humanitaire et
Yakov M. Rabkin, professeur en histoire à l'université de Montréal.
Vous êtes invités à venir discuter de solutions pour mener la paix dans ce coin du monde.
Joe
Yakov M. Rabkin, professeur en histoire à l'université de Montréal.
Vous êtes invités à venir discuter de solutions pour mener la paix dans ce coin du monde.
Joe
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